Roman

Après m’être consacré à la confection de nouvelles pendant des années, j’ai ressenti le besoin de m’essayer à une forme d’écriture plus longue mais également moins… versatile ? Jusqu’à présent, j’avais toujours écrit très vite, car je sentais que, si je tardais trop à conclure mon texte, mon style allait changer, mes aspirations aussi, et que je me retrouverais incapable d’y mettre un point final. Entre le moment où j’ai décidé de me lancer dans l’élaboration d’un roman, et celui où j’ai concrètement ouvert mon logiciel de traitement texte pour écrire son premier mot, il a fallu un an. Un an pour dépasser cette peur de l’engagement avec moi même.

Depuis juin 2021, je travaille donc à l’écriture d’un roman à caractère biographique relatant l’histoire d’amitié de deux garçons que la vie finira par séparer sans qu’aucun d’eux ne sache vraiment comment. C’est en apprenant la mort de la mère de son ami quinze ans plus tard que le souvenir de Mickaël ressurgit à la mémoire d’Alexandre. Tout souvenir révèle en la résolvant une perte de mémoire. Celle-ci est particulièrement cinglante. Comment Alexandre a-t-il pu oublié Mickaël pendant si longtemps ?

Ce qui m’intéresse ici, c’est de raconter le passé non pas tel qu’il était, mais tel qu’Alexandre s’en souvient, avec toutes les oblitérations et les altérations que cela implique. C’est d’offrir, par contamination logique et postérieure, un sens nouveau aux évènements souvenus. À l’origine de cette tendance compulsive se trouve le besoin d’histoire. Le besoin de se raconter sa propre vie.

Il vous est certainement déjà arrivé de vivre une situation sans la comprendre complètement. Vous saisissez alors des brides d’étrangeté, d’infimes changements de comportement épars et disséminés dans le bain de la vie, mais vous n’y prêtez guère attention sur le moment et très vite vous les oubliez. Puis, quelques jours plus tard, une nouvelle information, que vous ne pouviez détenir jusqu’alors, surgit et tout, subitement, s’explique. Comme s’il s’agissait-là de la pièce manquante du puzzle. Dès lors, ces brides d’étrangeté que vous aviez pressenties n’ont plus rien d’étrange, et les anomalies apparemment décorrélées s’entre-justifient de façon logique et implacable. La vérité, c’est que nous aimons bien nous raconter des histoires. Alors, dès que nous est donnée l’occasion de générer du sens, de tisser des liens entre les éléments disparates de nos vies, nous sautons dessus.

En cela, je crois, nous sommes tous romanciers.